06 septembre 2016 ~ 0 Commentaire

«Manuel Valls s’inscrit davantage dans une tradition anticléricale» de la laïcité.

Jean

«20 Minutes» a interrogé l’historien Ismaïl Ferhat, spécialiste de la laïcité à gauche…

Une fois encore, Manuel Valls déconcerte une partie de son camp. Le Premier ministre a fait ressurgir les fractures de la gauche sur la laïcité,en fustigeant une nouvelle fois le burkini dans une tribune. « C’est une provocation, l’islamisme radical qui surgit et veut s’imposer dans l’espace public ». Voile à l’université, foulard islamique, burkini… A chaque fois, Manuel Valls crée la polémique au sein même des socialistes. 20 Minutes a interrogé l’historien Ismaïl Ferhat, maître de conférences à l’université de Picardie, auteur d’une note sur le sujet pour la Fondation Jean-Jaurès.

>> A lire aussi : Mode islamique: La polémique ravive les clivages de la gauche sur la laïcité

Les déclarations de Manuel Valls sur le burkini ou le voile font régulièrement polémique à gauche. Existe-t-il deux conceptions de la laïcité ?

Oui, mais ces deux conceptions ne sont pas nouvelles. En 1905, deux camps étaient favorables à la séparation des Eglises et de l’Etat. L’un d’eux le faisait au nom d’un idéal libéral, pour que chacun puisse vivre librement sa religion. L’autre était davantage anticlérical, continuait à se méfier des cultes, et n’était pas hostile à un contrôle de ces derniers par l’Etat. Il estimait que cette séparation s’inscrivait dans une étape plus globale de lutte d’influence entre les pouvoirs publics et la religion catholique.

Manuel Valls s’inscrit davantage dans cette tradition anticléricale, de militantisme, qui se méfie de l’influence publique des religions. Celle-ci dépasse un peu la laïcité comme seul principe juridique, car il s’agit de limiter la visibilité des religions dans l’espace. Légalement, l’Observatoire de la laïcité [avec qui Manuel Valls s’est souvent opposé] ne peut que rappeler le droit. Valls a plutôt une approche philosophique et militante de la laïcité, dans la tradition du militantisme laïc. Rappelons que le mot laïcité n’apparaît d’ailleurs pas dans la loi de 1905. Il faut attendre 1946 pour qu’il intègre la Constitution. C’est un processus progressif, sa définition n’est donc pas évidente.

Depuis quelques années, lorsque l’on évoque la laïcité à gauche, on le fait surtout par rapport à l’islam…

On assiste en effet au croisement des deux variables. Pour les gauches en France, la double rupture date de 1979, avec la révolution islamique en Iran et l’envahissement de l’Afghanistan par les Soviétiques. La gauche doit alors se positionner politiquement vis-à-vis de l’islam. Une partie condamne l’invasion et réfléchit à cette question : comment peut-on concilier la révolution islamique et les questions sociales ? Un autre mouvement est hostile à la révolution iranienne, n’y voyant qu’une révolution intégriste, et fait part de sa méfiance face à l’islam politique, à l’image de Jean Poperen, ancêtre de Manuel Valls en termes de laïcité militante. En réalité, les clivages sont assez stables.

Lorsque Manuel Valls dit quele voile « est un asservissement de la femme ». N’invoque-t-il pas plutôt le droit des femmes que le principe de laïcité ?

La question de l’islam est ajourd’hui systématiquement liée à celle du droit des femmes. Historiquement pourtant, une partie du mouvement laïc en France souhaitait exclure les femmes du droit de vote, les estimant soumises à l’influence de l’Eglise. Un tournant a lieu dans les années 1980. La revendication laïque s’est renforcée du droit des femmes à travers l’islam. Ceux qui souhaitent interdire le burkini aujourd’hui le font également par souci affiché d’égalité entre les hommes et les femmes. Le Conseil d’Etat a d’ailleurs rappelé qu’on ne pouvait interdire des signes religieux dans l’espace public en invoquant la laïcité.

Comment comprendre la position de Manuel Valls sur la laïcité ?

La France a été marquée par deux phénomènes majeurs, dont le Premier ministre a hérité. Le catholicisme français a été plutôt moins visible par rapport aux catholicismes espagnols ou italiens par exemple, et au moins jusque dans les années 80-90. Pour une partie de la société française, la religion doit se faire discrète. On retrouve ça dans les dernières déclarations de Jean-Pierre Chevènement vis-à-vis des musulmans [Ce dernier conseillait aux musulmans la discrétion dans l’espace public]. L’autre tradition française est le gallicanisme, c’est-à-dire la méfiance des influences étrangères en matière religieuse. On peut la voir dans la volonté de créer un islam de France. La société française a plutôt une perception dans laquelle la religion doit être discrète et nationale. Cette tradition se reporte aujourd’hui sur l’islam, et entre en collision avec elle parce que l’islam est peut-être plus visible que n’a été le catholicisme français dans un passé récent.

 

http://m.20minutes.fr/politique/1919411-20160906-manuel-valls-inscrit-davantage-tradition-anticlericale-laicite

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