10 avril 2017 ~ 0 Commentaire

La stratégie des cinq cercles de l’Otan.

5cercles

« La guerre est une chose trop grave pour être confiée aux militaires » , avait dit Georges Clemenceau. Pourtant, à y regarder de plus près, George W. Bush et son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ont bien confié aux militaires le soin de conduire les opérations en Afghanistan. De manière transparente, et assez saisissante, le Pentagone applique à la lettre, depuis le 7 octobre, les théories d’un stratège de la guerre aérienne, le colonel de l’US Air Force John A. Warden III.

Pour savoir ce que les militaires américains ont engagé autour de l’Afghanistan, il n’est point besoin d’être grand clerc. Tout est dit, tout est écrit dans un article datant de la fin des années 90 que John Warden avait titré « L’ennemi est un système »(1). L’auteur y professe sa théorie, dite des « cinq cercles » , ou « cinq anneaux »(rings) concentriques. Son application directe est en cours, sans dévier d’un millimètre.

L’idée consiste donc à décomposer le « système » ennemi en cinq éléments imbriqués, que l’arme aérienne va devoir frapper à distance de sécurité, c’est-à-dire en prenant des risques minimaux pour les soldats amis. A l’extérieur, les forces combattantes ennemies représentent la puissance de feu et l’élément le plus directement lié à l’effort de guerre. Elles forment le cinquième cercle. Puis, dans le quatrième cercle, la population civile assure à la fois la protection et le soutien des politiques dirigeant la force. Le troisième cercle est constitué par les bases de l’Etat ennemi, essentiellement ses structures de communication physiques (routes, aérodromes, etc.). Le deuxième cercle est l’ultime protection du noyau dur, les « éléments organiques essentiels » : production d’énergie, carburant, nourriture et finances. Enfin, au centre du dispositif, le premier cercle, celui du commandement. En l’espèce, le mollah Mohammed Omar, le « Seigneur des anneaux » , et son entourage, que les Américains veulent contraindre à leur remettre Oussama ben Laden.

Pour Warden, le problème ne consiste pas à détruire successivement tous ces cercles, mais bien à les frapper simultanément : « Notre cible, c’est l’ensemble du système, pas ses forces militaires. Si nous l’attaquons convenablement, ses armées deviendront un appendice inutile, qui ne reçoit plus de soutien du commandement, des éléments organiques essentiels, des infrastructures ou de la population. Ce qui ne veut pas dire que nous ne devons pas penser à la manière de vaincre directement une force armée ennemie. » On voit bien que, dans les opérations en cours contre l’Afghanistan, le Pentagone décalque cette théorie : au début du conflit, il s’en est pris aux infrastructures (les troisième et deuxième cercles) ; puis, dès le début de la semaine dernière, il a concentré ses feux directement contre les forces armées, le cinquième cercle.

Autre combat, autres moyens : les armes « intelligentes » (missiles de croisière, bombes guidées, etc.) ont laissé la place aux tapis de bombes larguées par les B-52. Et la population (quatrième cercle) a elle aussi été frappée ; non pas par les destructions des villes, comme ce fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale, ce que l’opinion publique américaine et internationale n’aurait pas admis, mais par la frappe des centrales électriques et des stocks de nourriture. Le Pentagone et Donald Rumsfeld nous ont expliqué que les F-18 ont tapé « par erreur », deux fois de suite, les mêmes entrepôts alimentaires de la Croix-Rouge à Kaboul… Ah bon ? Par erreur ? Relisons Warden : « Sans électricité, sans capacité de production civile ou militaire, sans distribution de nourriture et autres, les communications civiles et militaires, et la vie en général, deviennent difficiles. » Warden ne nie pas qu’il y a un problème : « Même en mettant de côté les objections morales, il est difficile d’attaquer directement la population. Les cibles sont trop nombreuses, et bien souvent, surtout dans un Etat policier, la population peut souffrir durement avant de s’en prendre à son gouvernement… » Patrick Facon, professeur de stratégie aérienne au Collège interarmées de défense (ex-Ecole de guerre), connaît bien les théories de Warden et note qu’elles « consistent moins à détruire l’adversaire qu’à le paralyser. Il faut le contraindre à s’asseoir à une table de négociations ; frapper la population représente un objectif indirect, visant à conduire le pouvoir politique à résipiscence. Mais l’exercice est difficile, car les chocs médiatiques dans la presse amie peuvent finir par poser un problème… En ce sens, Warden est un clausewitzien, pensant que la guerre cherche un objectif politique par d’autres moyens. Il ne conçoit les opérations militaires qu’en tant que moyen d’informer l’adversaire sur nos intentions. Et reste fondamentalement attaché à la notion du « zéro mort ». Du côté ami, bien sûr. »

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

Demain, quelle France ? |
Meulanbleumarine |
Gemini0planet |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Informaction
| Un supermarche à ceyzeriat ...
| Tous Unis pour le Canton d&...