C’était mieux avant : déclinisme et syndrome du rétroviseur.
Nous avons tous entendu un jour ou l’autre ces assertions amères : « Les pauvres jeunes d’aujourd’hui, quand je pense à mon époque on fricotait joyeusement sans se soucier du Sida, on partait à l’aventure au petit bonheur la chance sans craindre pour sa vie » ou « de mon temps, tu cherchais un boulot, le vendredi, le lundi matin t’étais en poste, t’avais l’embarras du choix, et ce sont les patrons qui n’avaient qu’à se tenir à carreau, sinon on partait voir ailleurs si l’herbe y était plus verte ! » – « Plus de boulot, plus de logement, la planète est pourrie ! » Qu’est-ce qu’on leur a laissé comme héritage à ces jeunes ? Mais qu’est-ce qu’on a fait ?
« C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur » des deux auteurs Patrick Nussbaum et Grégoire Evéquoz répond en partie à cette nostalgie du passé, récurrente à toute époque et celle-là même qui faisait dire, dès 1797, à Chateaubriand dans son Essai historique : « Nous avons le malheur d’être nés au moment d’une de ces grandes révolutions : quel qu’en soit le résultat, …la génération présente est perdue. « . Cette corrélation étroite entre la révolution et la génération sacrifiée présuppose que le changement est vécu comme source de rupture inéluctable.
Les jeunes sont embarqués dans le mouvement nostalgique de leurs parents et qui les touchent de manière particulière. Ils reprennent le discours des anciens teintés d’une nostalgie historique tout en restant orientés vers l’avenir, et donc vers l’espoir.
La publicité se réapproprie le thème du « c’était mieux avant » et lance des produits des sixties, et seventies avec pour slogan : »Retour en enfance » mais qui touche davantage des jeunes qui n’ont pas eu cette enfance-là, plutôt celle idéalisée de leurs parents.
Les générations se côtoient, cinq parfois simultanément : les vétérans, les baby-boomers, les « X ». les « Y », les « Z » surnommés les « digital natives » ou génération « zapping ». Tous différents, les révolutions soit historiques, soit techniques sont derrière chacune d’elles. Fini le temps de la reconnaissance professionnelle,du travail pour la vie. Les membres de la génération « Y » privilégient l’amour, le « tout de suite », les loisirs et qui fait dire aux responsables de ressources humaines : « Les jeunes, ils ne veulent plus bosser. Ils ne pensent qu’aux loisirs ! » alors qu’en réalité cette génération travaille différemment et s’investit autrement. De tous temps on a critiqué les jeunes, même un Platon ou un Hérodote ou un Hésiode s’en sont plaint amèrement. « Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux » inscription ô combien significative sur une poterie datant de 3’000 ans avant Jésus-Christ.
Un sondage montre que 70% des jeunes sont pessimistes, raisons mises en cause : chômage, montée des extrêmes, augmentation des impôts, insécurité, changements climatiques, difficulté de se loger, etc. Logement et emploi tiennent le pompon des craintes et des raisons d’être pessimistes. Convaincu que c’était mieux avant, un jeune clame qu’ils sont une génération sacrifiée et d’affirmer : »Nos parents ont vécu les Trente glorieuses, nous allons vivre les dix pourries. »
Toutefois, lorsque l’enquête porte sur leur avenir personnel et leur propre situation, ils sont plus de 70% à être optimistes sur leur épanouissement et 60% sur leurs perspectives professionnelles, en particulier. En conclusion, ils sont peu confiants en l’avenir de la société, mais confiants en leur avenir personnel et ils ont l’intime conviction qu’ils vont s’en sortir.
La jeunesse reste optimiste pour son avenir, loin du syndrome du rétroviseur. Alors qui doit changer la donne ? Sans doute l’ancienne génération en plein désarroi qui culpabilise tandis qu’en réalité, les jeunes seraient davantage préparés à la crise, mieux formés, désireux de prendre leur temps, plus entreprenants et créatifs, avec un meilleur sens de l’adaptation et une meilleure connaissance de soi , plus sensibles à l’écologie.
Qui est vraiment sacrifié dans l’affaire, les anciennes générations qui peinent à retenir le temps qui leur file entre les doigts ? S’accrocher au passé est une autre façon de s’accrocher la vie et retenir le temps qui court.
Déclinisme.
Le déclinisme est un terme péjoratif désignant un courant d’idées et d’analyses de penseurs français qui estiment que la France est en déclin, sur les plans tant économique que culturel ou géopolitique.
Parmi les faits sur lesquels s’appuient les « déclinistes » ou « déclinologues » :
- la baisse de la France dans les classements économiques internationaux (niveau du PIB par habitant, taux de chômage, etc.), et dans divers classements éducatifs et sociaux ;
- la comparaison du système social, religieux et moral français avec d’autres en Europe ;
- les problèmes récurrents de violences urbaines en France, notamment visibles aux travers des émeutes urbaines françaises ;
- la perte d’influence de la France dans le monde.
Représentants, caractérisation.
La thèse du déclin français existe chez les historiens, écrivains, journalistes ou hommes politiques dès la Révolution française. Publié en 1855, La fin du monde par la science par le philosophe Eugène Huzar présente la première philosophie catastrophiste du progrès technologique.
Au début du xixe siècle, Chateaubriand se lamente : « Nous, l’état le plus mûr et le plus avancé, nous montrons de nombreux symptômes de décadence ».
En 1913, l’économiste Paul Leroy-Beaulieu redoute le déclin en raison de la baisse de natalité et du recours à l’immigration : « Avec le développement futur fatal de ces corps étrangers homogènes et imperméables à la mentalité française, on doit arriver, sauf relèvement prompt de la natalité en France ou cessation de son déclin, à la dénationalisation progressive, sinon de la France entière, du moins d’une notable partie de la France ».
La défaite française en 1870 et la montée en puissance de la grande Allemagne renforcent ce sentiment décrit par André Malraux dans La Tentation de l’Occident en 1926, par Robert Aron et Arnaud Dandieu dans La décadence de la nation française en 1931. La Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation, les chocs pétroliers, le développement du chômage et la crise de l’État-providence accentuent cette vague décliniste malgré la période des Trente Glorieuses.
Nicolas Baverez, qui décrit un « déclin » de la France, est placé par certains dans ce courant.
Dans La fin de l’illusion jacobine écrit en 2005, Édouard Balladur constate le déclin du modèle français, affirmant dans le prologue « La France n’est plus le pays de l’esprit critique, de la liberté intellectuelle ».
En 2006, Dominique de Villepin a popularisé le terme de « déclinologue » en lui donnant le sens péjoratif de personnes voyant tout en noir.
« Je vois surgir une nouvelle population dans notre pays, de nouveaux experts : les « déclinologues ». De grâce, il y a vingt siècles d’Histoire dans notre pays pour nous rappeler qui nous sommes et où nous allons. Alors, ce n’est pas en levant le doigt pour savoir dans quel sens va le vent que nous devons chercher à comprendre quel est le destin de la France. »
Le déclinisme est une littérature et un discours de droite (Nicolas Baverez, Éric Zemmour) mais aussi de gauche (Jacques Julliard). Cependant les sondages montrent que deux types de « déclinisme » existent dans l’électorat français au début du xxie siècle : le « déclin-puissance » davantage ressenti par l’électorat de droite et le « déclin-valeurs » par l’électorat de gauche.
Selon un sondage CSA en 2013, 73 % des Français estiment que leur pays est « en déclin ».
Critique.
Le déclin admis dans le champ d’action politique est un événement imprécis, alimenté par une vive polémique. Il est assez difficilement vérifiable car il relève plus souvent de tournures de discours et de rhétorique. Généralement, il se définit dans des comparaisons d’indicateurs géopolitiques (PIB, croissance, balances commerciales, IDH, etc.) entre différents pays. La comparaison trouve toutefois ses limites lorsqu’on compare la France avec un autre pays développé sur un thème dans lequel les deux États ont évolué différemment, mais qu’il convient, au vu de la pensée déclinologue, de mettre sur un pied d’égalité. Ainsi on comparera aisément les systèmes d’éducation américain et français, comme s’ils devaient à conditions égales fournir des résultats similaires ; ce qui relève en réalité du syllogisme le plus absurde. Par extension, le déclinisme est une affirmation de l’identité nationale en creux.
Dans La Guerre des deux France, Jacques Marseille s’attache à montrer, à l’inverse du constat fait par les déclinologues, que les 30 années entre 1974 et 2004 ont été au même titre que les Trente Glorieuses des années de croissance.
Dans Les Trente Glorieuses sont devant nous en 2011 et la France contre-attaque en 2013, Karine Berger et Valérie Rabault tranchent avec la sinistrose ambiante.
Selon le classement de 2013 de l’International Institute for Management Development sur la compétitivité nationale, la France est au 27e rang, mais elle est au 4e rang mondial en matière de stocks d’investissements directs à l’étranger, au 1er rang européen. Elle reste également la première destination touristique mondiale et au 2e rang européen pour la qualité de vie.
C’était mieux avant ou le syndrome du rétroviseur.
De mon temps on faisait comme ceci, à mon époque c’était comme cela, quand j’étais jeune tout était plus simple, une chose comme ça, ça ne serait jamais arrivé de mon temps…
Certains n’arrêtent pas de ressasser le passé et de trouver que tout ce qui est contemporain n’est pas à la hauteur. Au risque de passer pour de vieux grincheux voire pire, de vieux cons. Auprès des jeunes tout d’abord, mais également auprès de leurs proches et de leurs amis.
Que l’on parle orthographe, politesse, sécurité, habitudes vestimentaires ou culinaires, pour beaucoup, les meilleurs moments sont derrière eux ! Il s’agit là d’un syndrome bien connu : celui du rétroviseur.
Mais pourquoi une telle vague de nostalgie dans notre société contemporaine ? Est-ce dû au vieillissement de la population, aux crises économiques qui n’en finissent pas ? Qu’est-ce qu’elle nous apprend sur nous-mêmes, notre société et le monde actuel ? Quelle peur de l’avenir traduit-elle ?
Mais attention ! Et ceci est encore plus vrai pour les seniors… A trop regarder le monde dans un rétroviseur, nous pourrions bien louper le coche et manquer ce qui se passe juste devant nos yeux. Aujourd’hui et surtout demain…
http://www.senioractu.com/C-etait-mieux-avant-ou-le-syndrome-du-retroviseur-essai_a17238.html
